Pierre Michon
Vies minuscules - Il naquit au Châtain. (1984)

 
Il naquit au Châtain. C’est un lieu touffu mais pierreux, de vipères, de digitales et de blé noir, et les fougères y sont hautes sous des arceaux d’ombre bleue. Des fenêtres du hameau, l’enfant dès qu’il sut voir vit le clocher surbaissé de Saint-Goussaud, que les mousses rongent et vivifient, et sous le porche duquel un saint nourricier de bois peint veille, sa chasuble ingénue d’ancien diacre balayant le flanc noir d’un taureau couché que les gens d’ici appellent le Petit Bœuf, et révèrent : le diacre est le bon Goussaud, ermite vers l’an mille, pâtre exalté ou scholiaste intraitable, fondateur ; la robe du taureau est piquée des mille épingles que les filles rieuses, éplorées, maladroites, y plantent en faisant vœu de trouver l’amour, les femmes, d’une main plus sûre et déjà lasse, en souhaitant d’engendrer. 

Pierre Michon, Vies minuscules, Gallimard « Folio », 2008, p. 38.
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

L'œuvre et le territoire

La deuxième de ces Vies minuscules est celle d’Antoine Peluchet dont on ne sait rien ou si peu ; sa naissance et son enfance au Châtain, puis son départ ou plutôt sa disparition qui le transforme en figure, support au mythe, entretenu par Fiéfié, « un être un peu simplet et porté sur la boisson », au gré de ces moments passés « dans les bistrots de Chatelus, Saint-Goussaud, Mourioux, dans les dires nés du vin que la fatigue décuple ».

Vies minuscules

Pierre Michon fait irruption dans le paysage littéraire en 1984, avec la publication chez Gallimard de son premier ouvrage, Vies minuscules, ensemble de huit portraits, se répondant l’un l’autre, évoquant le départ d’une terre rude, la disparition, la mort, dépeignant, en les magnifiant, des personnages « simples » connus et transfigurés par l’auteur.

Pierre Michon

Pierre Michon est né le 28 mars 1945 à Cars, petit hameau de la commune de Châtelus-le-Marcheix en Creuse. Il est élevé par sa mère institutrice après que son père eut quitté le foyer. Il étudie les Lettres à Clermont-Ferrand avant de rejoindre une petite troupe de théâtre.

À trente-neuf ans, il entre dans la vie littéraire avec la publication des Vies minuscules qui obtient le prix France Culture 1984.
En 2009, Pierre Michon reçoit le Grand prix du roman de l’Académie française pour son roman Les Onze, un livre dans lequel il évoque l’histoire du peintre Corentin et celle de la Révolution française à partir de la description d’un grand tableau représentant les onze membres du Comité de salut public (Robespierre, Saint-Just, Barrère, etc.) pendant la Terreur, qui serait exposé au Louvre (en réalité le peintre et le tableau sont fictifs).

Bonus

Galerie d'images

Localisation

Saint-Goussaud (Creuse)

Mots clés

Bibliographie

Sylviane Coyault-Dublanchet, La Province en héritage. Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Richard Millet, Droz, 2002.

Agnès Castiglione, Pierre Michon, livre-CD, Culturesfrance Éditions – Textuel, « Auteurs », 2009.

Également dans Vies minuscules

Partage


Contact

Pour tout renseignement, contactez l'Agence de valorisation économique et culturelle du Limousin.