Robert Margerit
Le Vin des vendangeurs - Le mois de décembre (1946)

 
Le mois de décembre est souvent doux et beau, en Limousin. C’était le cas, cette année-là. Toute la campagne, blonde, rousse, autour des raies de ses sillons et des alvéoles de ses champs, ressemblait à un gâteau de miel lorsque Philippe descendit de l’autobus. Jeanine l’attendait. (…)

— Marchons un peu, dit-il. J’aimerais connaître votre pays.

Au bout d’un instant, quittant la route, ils entrèrent dans une châtaigneraie dont les feuilles sèches et les bogues piquantes craquaient sous leurs pieds. De petits chemins encaissés entre des talus de terre jaune ourlés par des festons de mousse, les menèrent à l’étang. Tout le ciel, d’un bleu de lin teinté d’ocre et de rose, s’y reflétait. Ça et là, un peu de vent, en le rebroussant et le hérissant de mille minuscules éclats, le parsemait de plaques pareilles à du papier de verre. Derrière, au fond du paysage mamelonné, les collines à l’horizon étaient en velours bleu épais sur lequel les bois sans feuilles estompaient les nuages bruns et rougeâtres de toutes leurs branches frappées par le soleil. D’autres arbres, à contre-jour, se découpaient en noir, avec la tortueuse finesse d’un dessin japonais.

— C’est plus beau maintenant que l’été, je trouve, fit Jeanine. (…)

Ils s’étaient assis sur un banc rustique placé en haut d’une éminence d’où l’on dominait l’étang. Au-dessous d’eux, dans les bouquets de joncs, la tête rouge d’une gallinule apparaissait et disparaissait, comme clignotante sur le tain de l’eau. Philippe se tourna vers Jeanine et, posant son bras derrière elle sur le dossier du banc, lui dit : « Je vous envie ; il me semble que tout doit être facile pour vous ; vous portez la paix dans vos mains. »

Robert Margerit, Le vin des vendangeurs, (Paris) Éditions Colbert, 1946, p. 282-283.

© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers-Menard

L'œuvre et le territoire

Robert Margerit, journaliste et écrivain né le 25 janvier 1910 à Brive-la-Gaillarde et mort le 27 juin 1988 à Limoges.

Bien qu’il ait paru en 1946, le Vin des vendangeurs a été conçu et ébauché beaucoup plus tôt. Il contient ainsi en germe les œuvres à venir.
Dans ce roman d’apprentissage qui se déroule à Limoges, l’accent est mis principalement sur deux jeunes étudiants qui cherchent leur voie, l’un — Sylvain Lazare — dans la peinture, l’autre — Philippe Mora — dans l’écriture. (On retrouve ainsi avec intérêt les deux facettes de Robert Margerit qui oscilla entre ces deux passions).
Parallèlement se poursuit leur « Éducation du cœur et des sens » (Madeleine Berry, cf. Bibliographie) auprès de personnages féminins qui annoncent les romans à venir : la femme mûre, « païenne et intelligente », la jeune femme vénéneuse et exclusive, mais aussi la jeune fille encore candide, qui promet un bonheur simple.
Ce roman reflète tout à fait les idées et les choix esthétiques de l’auteur en matière de peinture et de littérature. Par ailleurs, le lecteur est fasciné par ses peintures de la campagne limousine. La plupart des promenades et des scènes de baignade ont pour décor des vallées, des rivières et des forêts et collines limousines dont la description séduit le lecteur, ne serait-ce que parce qu’elles nous rappellent les toiles de Rubens, Renoir, Rembrandt, Manet et bien d’autres grands maîtres de l’art pictural.

Dans ces deux extraits, Philippe Mora se rend à Meuzac, afin de rencontrer la famille de la jeune fille dont il est épris à ce moment-là, et surtout pour entendre les légendes limousines contées par la grand-mère.

Bonus

Localisation

Meuzac (Haute-Vienne)

Mots clés

Bibliographie

Madeleine Berry, Robert Margerit, suivi de « Cortège des ombres » de Robert Margerit, Rougerie, 1956.

Également dans Le Vin des vendangeurs

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