Véronique Bréger
La Nuit des Orpailleurs - Elle s’installa sans attendre (2009)

 
Elle s’installa sans attendre à la place du passager. Nous roulâmes en silence durant une vingtaine de minutes avant d’arriver aux abords d’une petite ville.

— Saint-Yrieix-la-Perche, lus-je en dépassant le panneau indicateur. Les noms sont surprenants, par ici.
Je pensais faire un trait d’esprit, le commentaire de Bérengère me renvoya dans mes vingt-deux.
— On ne prononce pas le « x ».

Voilà, c’était dit. Elle me fit garer derrière l’hôpital, face à une grande place fleurie. Devant nous une sorte de parc bordé de hautes maisons en pierres de taille et une église.
— C’est la Collégiale. Venez, commanda Bérengère en m’invitant à la suivre.

Nous traversâmes la rue et pénétrâmes par l’une des portes à côté de laquelle une pancarte indiquait : Longs séjours, sous-entendu : qui entre ici n’en ressort pas vivant. Bérengère s’engagea dans le passage en habituée et m’entraîna dans une succession de pièces. Les premières ressemblaient à une maison de retraite chamarrée et presque joyeuse. Au fur et à mesure de notre progression vers le niveau supérieur de l’immeuble, le son des télés et le brouhaha des conversations s’estompèrent. Nous nous engageâmes dans un couloir, une succession de portes ouvertes. Les produits nettoyants ne parvenaient pas à couvrir une odeur d’antichambre de la mort.
— Ici se trouvent celles et ceux qui doivent être assistés en permanence, chuchota Bérengère comme si elle se trouvait dans une église.

Elle stoppa devant une entrée et pencha la tête avant de m’inviter à m’approcher. Un homme âgé se tenait recroquevillé dans un fauteuil médical. La tête penchée vers l’avant, il semblait dormir. Ses mains osseuses crochetées aux accoudoirs tressaillaient parfois et lui donnaient l’air de battre une inaudible mesure.
— Voici le seul propriétaire de La Badie, murmura Bérengère.
— Qui est-ce ?
— Il s’appelle Fernand Bardier.

La Collégiale dominait le bourg. Imposante, magistrale. Une tour carrée incrustée d’habitations se découpa dans le bleu du ciel. J’observai avec un ravissement étonné le décor tout droit sorti d’un film de cape et d’épée. Le croassement des corneilles accompagna notre marche au milieu de venelles à l’allure médiévale. Bérengère marchait d’un pas décidé. Je n’osais pas interrompre ses réflexions. Elle se dirigea vers une boutique et entra sans m’inviter à l’accompagner. Je restai face à la devanture, songeuse devant l’étalage d’herbes, d’épices, de bocaux débordant de fruits confits et autres mets enchanteurs Une ardoise indiquait la devise des lieux en s’adressant à un nouvelle race de consommateurs, les épicurieux. Je ne pus m’empêcher de sourire. Je patientai dix bonnes minutes en profitant du calme ambiant. La rue commerçante s’animait dans un rythme qui me parut lent et propice à la rêverie. J’étais loin, très loin de l’agitation parisienne.

Nous empruntâmes une allée minuscule coincée entre deux hautes bâtisses avant de déboucher sur un lieu improbable pour un citadin. Une petite rivière courait entre les maisons et s’enfonçait dans les passages pierreux. Nous longeâmes le ruisseau dans une quiétude irréelle avant de retrouver le bruit de la ville. Un bar PMU du centre-ville nous accueillit. Il suffisait de monter trois marches pour accéder à la salle ouverte sur la rue centrale. Un nuage de fumée concentré au-dessus d’un baby-foot accompagnait les envolées lyriques des joueurs cambrés contre l’appareil.

Véronique Bréger, La Nuit des Orpailleurs, Les Ardents Éditeurs, 2009, p. 204-205 et 210-211.
© Les Ardents Éditeurs

L'œuvre et le territoire

Véronique Bréger est née à Limoges. Auteur de plusieurs romans, elle aime conduire ses lecteurs dans des univers très différents où elle aborde les thèmes qui lui sont chers, la rencontre, l’aventure, le suspense et le fantastique.

La Nuit des Orpailleurs est son premier roman traitant de sa région natale, il se déroule en partie à Limoges et dans le sud de la Haute-Vienne. Un secret enfoui dans la mémoire des hommes. Une série de meurtres inexpliqués. Une course poursuite dans les mines d’or du Limousin à la recherche d’un trésor inestimable.

Localisation

Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne)

Mots clés

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