Jean Blanzat
La Gartempe - Par le sentier (1957)

 
Par le sentier des pêcheurs, coupé par endroits de ronces, ils remontaient la rive. L’eau mystérieuse dormait par endroits, ridée par les branches immergées, tournant autour des troncs avec de lents tourbillons d’écume et de feuilles, dans un bruit de succion. Ailleurs, dans une concurrence unanime, des langues liquides, au milieu du lit, jouaient à se dépasser et leur jeu, en aval, se perdait dans l’apparence lisse et froide qui partageait le paysage d’un ruban d’acier. Cà et là, accroché à un obstacle invisible, le flot écumeux dansait sur lui-même et sa force obstinée et captive rappelait, avec une lointaine impression de stupeur et de crainte, la danse des océans.

La berge changeait à chaque pas mais, dans ses propres métamorphoses, la rivière paraissait ignorer les arbres et les prés ; attirée ailleurs, vers de nouveaux pays, elle fuyait, lavant et roulant, sans l’entraîner, la clarté du ciel.

Jean Blanzat, La Gartempe, Gallimard, 1957, p. 68-69.
© Éditions Gallimard
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L'œuvre et le territoire

Né à Domps (87) en 1906, Jean Blanzat fréquente l’école primaire d’Eymoutiers et poursuit ses études secondaires à Bellac. Il entre à l’École Normale d’instituteurs de Versailles en 1922 et publie, en 1930, son premier livre, Enfance, où s’exprime la nostalgie du pays natal. Ce récit autobiographique marque les débuts d’une production littéraire peu abondante – moins d’une dizaine de titres entre 1930 et 1966. Romancier de l’intériorité, conteur fasciné par l’au-delà ou poète du terroir, Blanzat laisse une œuvre sombre et forte, qui fut saluée en son temps par le Prix de l’Académie française (L’Orage du matin, 1942) et le Prix Fémina (Le Faussaire, 1962).

Ami de Ghéhenno qui l’introduit à Europe, du peintre Lucien Coutaud, de Jean Paulhan et de François Mauriac (auquel il dédie, en 1957, La Gartempe), et de bien d’autres écrivains, Blanzat fréquente le milieu de la NRF et s’engage dans l’aventure des Lettres françaises clandestines. Cet infatigable lecteur rend compte pendant quinze ans des « romans de la semaine » pour le Figaro Littéraire. Directeur littéraire chez Grasset, puis membre du comité de lecture chez Gallimard, il meurt en 1977 à Paris. Son dernier roman, L’Iguane fut préfacé par Raymond Queneau.

Dans La Gartempe, Blanzat fait la part belle à la description de la rivière, des flots, du fantastique et de la puissance érotique de l’eau. Nous avons situé ces extraits le long d’une randonnée à Bessines, sur les bords de La Gartempe, où on trouve encore une écluse en activité.

Bonus

Galerie d'images

Localisation

Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne)

Mots clés

Bibliographie

Pour saluer Jean Blanzat, sous la direction de Myriam Boucharenc, PULIM, 2007.

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