Tulle, Corrèze
AVEC Limousin

Victor Dancette, Edmond-François Calvo

La Bête est morte ! - Les pendus de Tulle

1945

Littérature jeunesse, Bande dessinée
L'œuvre et le territoire :

La Bête est morte ! est une bande dessinée destinée à la jeunesse — sans doute vaudrait-il mieux d’ailleurs parler de livre illustré —, publiée initialement en deux fascicules à la fin de la Seconde guerre mondiale. Il est à noter que ces deux fascicules ont été conçus sous l’Occupation comme l’indique les ours [cf. la Bédéthèque] :

  • premier fascicule, Quand la bête est déchaînée : « Entre Le Vésinet et Ménilmontant, dans la gueule du grand loup, au groin du cochon décoré, et sans l’autorisation du putois bavard, cet album a été conçu et rédigé par Victor Dancette et Jacques Zimmermann, et illustré par Calvo sous la direction artistique de Williams Péra. Il a été gravé et imprimé par la Néogravure, pendant le troisième mois de la Libération [...] »
  • deuxième fascicule, Quand la bête est terrassée : « Conçu sous l’occupation et réalisé dans la liberté, ce deuxième fascicule a été écrit par Victor Dancette sous les calmes ombrages du Vésinet. Illustré par Calvo il a été gravé et imprimé par la néogravure sous la direction artistique de Willimas Pera. Achevé d’imprimer en juin 45 avec l’espoir que la bête est bien morte. »

La Bête est morte ! revient sur les années de guerre sous la forme d’un récit « animalier » — l’ensemble des nationalités prenant les traits d’une ou plusieurs espèces [consulter l’article de Wikipédia qui en dresse la liste] — que fait Patenmoins (il a une jambe de bois, ayant perdu la jambe droite suite à un bombardement de la ligne « Livarot ») à ses petits enfants (Tit-Pat, Tiot-Pat et Pat-Menue).

Après avoir rapidement exposé les « origines » du conflit, Patenmoins s’attache à raconter la guerre, ne délaissant aucun terrain d’opération, en suivant l’ordre chronologique, évoquant non seulement les actions de combat, les aspects politiques et diplomatiques mais également les horreurs de la guerre (épisodes de Tulle et d’Oradour, bombardements, évocation de la Shoah – ce dernier point étant contesté). Bien que très manichéen et patriotique, ce récit et les illustrations qui l’accompagnent se montrent profondément réalistes.

Description de l'œuvre :

Victor Dancette et Edmond-François Calvo, La Bête est morte !, Gallimard, 1995.
© Éditions Gallimard
Illustration (agrandir) : Edmond-François Calvo © Éditions Gallimard

Dans la même série / Du même ouvrage :

La Bête est morte ! - Oradour-sur-Glane

Extraits de textes

+ Victor Dancette, La Bête est morte ! - Les pendus de Tulle

1. « Vous pensez bien, mes enfants, qu’une telle épopée, ébranlant notre sol, avait fait sortir de terre les meilleurs (...)

[Lire...]
1. « Vous pensez bien, mes enfants, qu’une telle épopée, ébranlant notre sol, avait fait sortir de terre les meilleurs de chez nous. Ce fut, malgré les routes barrées, et toute circulation interdite, une ruée vers le maquis. Las ! La fougue de nos jeunes les fit se démasquer trop tôt. Presque sans armes, ils s’attaquèrent aux hordes de Loups disséminées sur notre territoire. Mais les Loups répondirent avec une férocité jusque là inconnue. Dans une calme petite ville, célèbre par ses dentelles fines comme des toiles d’araignées, nos maquisards avaient, dès la première heure, chassé les Barbares et déjà, dans les rues pavoisées, nos lapins fêtaient la libération qu’ils croyaient définitives, lorsque des monstres d’acier pilotés par des Loups furieux apparurent aux portes de la ville. Aussitôt, les mufles verdâtres se ruèrent dans les maisons pour en faire sortir tous les mâles et les parquer dans la cour d’une usine. Avec un sadisme inouï, ils firent un tri, choisissant leurs victimes suivant un critère mystérieux, modifiant plusieurs fois leur choix, sans doute pour accroître encore l’angoisse des malheureux. Entre temps, d’autres Loups avaient accroché un peu partout, dans les principales rues, les cordes destinées à la pendaison méthodique des otages. Ceci fait, ils obligèrent les femelles, les vieux et les petits à se masser sur le parcours. Quand tout fut bien réglé pour le spectacle, le lamentable cortège des innocents qui allaient mourir se mit en marche. Un Loup, un véritable loup-cervier, fit office de bourreau. Un par un, il pendit les otages devant une population épouvantée. Des scènes atroces eurent lieu tout le long du parcours. Des mamans durent assister à l’atroce agonie de leur petit, pendu devant l’échoppe paternelle. Dans un sursaut, l’un des suppliciés, assommant le Loup qui le gardait, s’élança tête baissée dans la rivière. Les Loups, sans pitié, l’achevèrent par quelques rafales. Un autre, précisément pendu sur le pont, vit la corde se casser. Précipité dans le vide, il servit de cible aux épouvantables tueurs qui se régalaient des soubresauts de leur victime. Et malgré les sanglots des épouses, malgré les pleurs des petits, la file des pendus s’allongeait sans cesse ! On se demande ce qui serait advenu si, tout de même, le bourreau n’avait manifesté des signes de fatigues. Après avoir pendu sa 99e victime, fut-ce par superstition, lassitude ou écœurement, il renonça à continuer sa sinistre besogne. Il restait 21 mâles, qui mirent un certain temps à réaliser qu’ils étaient saufs.

2. « Rêvant de faire peser sur le pays des Dogs la même atmosphère de terreur, les Barbares avaient mis au point une invention diabolique, sorte de vampire ailé se déplaçant dans un sillage de feu, et qui, lancé d’une rampe située chez nous, allait semer la mort et l’épouvante chez nos amis d’en face. Suprême espoir des vandales, cet engin infernal devait, paraît-il, réduire en cendres tout le pays des Dogs. Il fallait entendre le Roquet de service (on ne sait toujours pas qui), petit pleutre « emboché » par le Putois, au demeurant sans envergure, mais plein de hargne et de bagout, aboyer chaque soir sa leçon, clamant aux quatre vents que la terre des Dogs, comme Carthage, serait détruite ! Pauvre rêve insensé ! Souhait démoniaque qui allait se retourner contre les Barbares, car les Dogs ont les crocs d’autant plus implacables qu’ils ont dû mobiliser plus de flegme pour supporter sans broncher les attaques de leur ennemi.

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